Piles solidaires #Guyane : Interview d’Anselme, membre de Kwala Faya

La 5ème édition de Piles solidaires a lieu en Guyane. Il s’agit d’un contexte différent des précédentes opérations qui avaient lieu dans des pays hors France métropolitaine et territoires d’outre-mer. Le poids des piles et petites batteries collectées par les élèves sera converti en dons pour électrifier l’école de Trois-Sauts, située dans la commune de Camopi, avec l’installation de panneaux solaires. Electriciens sans frontières (ESF) interviendra sur place via l’association Kwala Faya. Nous avons rencontré Anselme, membre de Kwala Faya, qui vous en dit plus sur le projet.

 

Le nom de l’association « KWALA FAYA » rassemble les principales langues des deux fleuves frontaliers de la Guyane et est composé du vocable Wayãpi « KWALAI» qui signifie « soleil » et de celui issu du Sranan Tongo « FAYA » qui exprime l’énergie, l’« électricité »…

 

Anselme, pouvez-vous nous présenter l’activité de l’association Kwala Faya qui va assurer la mission d’électrification de l’école du village de Trois-Sauts à la demande d’Electriciens sans frontières ?

Kwala Faya a été créée en 2011 à l’initiative de trois ingénieurs présents en Guyane : Laurent Pipet, Sébastien Bourgeois et Alexandre Ducolombier. Kwala Faya est née d’un double constat :
• les échecs des programmes d’électrification précédents, faute d’entretien, d’explication aux habitants ;
• la demande forte des habitants pour avoir accès à l’électricité dans les zones isolées.

Aujourd’hui, l’association est agréée «entreprise d’insertion». Elle emploie de façon permanente plusieurs personnes tout au long de l’année. Nous sommes actuellement les seuls à intervenir dans les communes de l’intérieur de la Guyane. Les entreprises s’y rendent peu. A l’intérieur de la Guyane, l’habitat est très isolé et les villages s’étalent sur plusieurs kilomètres. Il n’est donc pas possible de faire des installations centralisées. Il faut réaliser des installations individuelles.

 

Depuis quand intervenez-vous dans cette association ?

J’ai rejoint l’association en septembre 2016, par intérêt pour la philosophie des projets et la méthode de travail. Les missions sont l’occasion d’échanges culturels et humains forts. Il y a aussi un aspect social parce que l’on est sur un territoire français entre deux mondes. Les habitants, tout en voulant conserver leurs traditions, expriment leur besoin d’accéder au confort moderne. En outre, ils ont très peu de moyens financiers. Nous n’imposons rien, nous proposons des solutions aux habitants. A eux de choisir la voie dans laquelle ils souhaitent s’engager. Priorité est donnée à satisfaire leurs attentes et aussi à les former pour qu’ils puissent entretenir les installations.

Chargement de matériel sur le fleuve Oyapock

 

Qui a été à l’origine de la demande d’électrification de l’école de Zidock à Trois-Sauts?

Ce sont les habitants qui nous ont interpellés. L’école de Zidock avait eu l’électricité mais les installations étaient en panne. Le retour de l’électricité permettra de développer des échanges culturels dans les temps scolaires et extrascolaires. L’école pourra être utilisée en dehors des heures de cours. Par ailleurs, pendant la saison des pluies, les classes sont sombres toute la journée, avec l’électricité, les conditions d’apprentissage seront meilleures.

Formation de techniciens

Séance de formation/information

 

 

 

 

 

 

 

 

D’où vient le matériel ?

On pourrait le faire venir des pays voisins, mais les normes sont différentes. Nous avons donc obligation de faire venir le matériel des pays européens. Nous avons un partenariat avec certaines entreprises françaises.

 

Comment se déroulent vos missions ?

Nous avons évolué dans la manière de conduire les projets. Il y a quelques années, nous réutilisions du matériel ancien
pour diminuer les coûts. Nous avons vite abandonné car les installations ne pouvaient pas être pérennes. Aujourd’hui, tout le matériel utilisé est neuf. Sur le terrain, nous ne nous contentons pas d’apporter seulement l’électricité. Nous formons des techniciens et nous accompagnons les habitants dans le changement de leurs habitudes et dans l’application des règles de sécurité. Il faut intéresser la population bénéficiaire pour qu’elle s’approprie les nouveaux équipements. Aujourd’hui, nous traitons aussi la question des déchets. Une pirogue de 12 m de long doit éviter de revenir à vide. Il y a toutes sortes de déchets à rapatrier des villages isolés. Par exemple, un accord a été conclu avec l’Ademe pour mettre en place la filière d’évacuation de tous les déchets recyclables : plastique, aluminium… La mise en place d’un système de collecte implique différents acteurs (collectivité…). Il s’agit pour Kwala Faya de la création d’une filière d’évacuation, ainsi que la sensibilisation des habitants à cette problématique.

Village de Zidok

 

Pour suivre toutes les actualités de l’opération Piles solidaires, rendez-vous sur www.pilessolidaires.org 

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